17.12.2009

Le sapin est sympa*

 

*Astuce cachée : sympa, c'est le foirlan de sapin. Le foirlan, c'est du verlan mal maîtrisé : par exemple "il me casse les couilles" -> "il me secou les illeucas", c'est du foirlan.


Précieux lecteur cher à mon coeur, méchante lecteuse, mère Nowel foireuse,


Dans cette note : le lieu du crime. Introduction à l'environnement professionnel de Benjamin.


Je ne raconte pas souvent ma vie, mais il va falloir que je te raconte Benjamin.
Aujourd'hui, je plante le décor.

Eléments de contexte : afin d'essayer de faire le tour de tous les jobs à la con de la terre, je me suis engagé à vendre des sapins de Nowel.
Dans la série des jobs cons, je t'informe que j'ai été rempailleur de chaises à Notre-Dame de Paris, quand même.
Bref.

Avec GolgoGreg, nous avons donc l'animation d'un chapiteau de 300 mètres carrés, posé sur le parking d'un magasin Carrouf.

Tu vas voir que le job n'est pas con :
- je prends des sapins sur leur palette,
- je les porte pour en tailler le pied,
- je les mets sur pied, en les enquillant sur un bûche,
- je les porte dans leur rayon,
- où je retire le filet pour que le client puisse voir le sapin.

Le client arrive,
- je le fais marrer (1),
- il choisit un sapin,
- je le porte jusqu'à la caisse (le sapin, pas le client),
- le client me demande souvent de retirer la bûche (2) (le pied qui m'a demandé tant d'efforts à mettre)(alors que franchement, pour 3,50 euros, prendre son pied... c'est dommage de passer son tour, je trouve, mais bon...)
- je repasse le sapin dans le filet.

Le client repart en se disant que décidément, je suis un vendeur rudement bath doté d'un physique vraiment sensass.
Oui, le client a un vocabulaire un peu suranné.

Ensuite, et c'est là que ça devient un truc de dingue,
- je reprends un sapin sur sa palette,
- je le porte pour tailler le pied, puis
- je le mets debout sur sa bûchette,
- avant de le porter en rayon
- retirer son filet pour remplacer celui qui a été vendu.



Ce qui rend le job difficile, c'est que finalement, ça consiste
- à faire déménageur, ou culturiste (certains arbres sont volumineux/lourds, voire très volumineux/lourds, les allées sont étroites et les clients y
circulent aussi, les pieds à tailler sont très larges, etc.)...
- dans une chambre froide (la température culmine royalement à 0°C)(Ah ! le croustillant-gelé du sapin givré dans lequel on plonge la main le matin en arrivant... sensation divine... surtout quand on se dit qu'on doit en ouvrir encore une trentaine)(remarque, le froid, c'est un bon moteur pour la productivité : la seule manière de ne pas avoir froid, c'est de ne jamais s'arrêter)...
- 6 jours sur 7 (la journée durant entre 11 et 14 heures),
- l'uniforme pseudo-imperméable est indispensable : un Coupe-vent rouge sur lequel est inscrit "Attitude Verte", qui est le nom de la boîte (le vêtement rouge avec marqué "Attitude Verte", c'est un truc à rendre fou un daltonien qui, tout à coup, se croit redevenu normal, et que finalement les arbres sont VRAIMENT rouges, on lui a menti) et un pantalon de Cauet (imperméable, même à l'intelligence, donc)

L'autre difficulté, c'est que GolgoGreg veut mettre les chants de Nowel en musique de fond.
Quand j'ai su que le concept d'asile musical n'avait pas cours, j'ai discrètement zappé sur RTL2 à la fin du disque.
Consensuel, je me suis dit, avant de me rendre à l'évidence : seule la première syllabe est respectée, ce n'est pas sensuel du tout !
Ca m'a permis de découvrir Calogéro et surtout de savoir rétrospectivement pourquoi j'ai toujours évité jusque là de l'entendre : le cri de trépas d'un émeu dont on enlèverait le pancréas à mains nues ne m'est pas très agréable.
Un passage sur Virgin Radio m'a permis de constater que la programmation était identique, mais avec seulement 4 disques, ce qui exclut des indispensables comme Daniel Balavoine.
Ni Balavoine, ni les Innocents (un nom qui sonne comme une imposture au vu de leur production musicale) mais plus de répétition.

Faut voir.

Emeu.jpg
Calogéro, au réveil. Il m'émeu.

 

 

La troisième raison qui rend le job difficile, c'est le client.
Déjà, il commence son intervention par "je cherche un sapin" (Ah, bon ? T'es pas là pour une formation rapide sur les marchés obligataires ????)
Certains clients mettent un soin tellement particulier à choisir leur arbre qu'on reconnaît les abonnés à Mon Sapin c'est Ma Vie, l'hebdo qui prépare le mois de décembre toute l'année.
Ce client mate un premier sapin, celui qui est devant.
Le tourne, demande à voir celui qui est dans le deuxième rang.
Je pousse les arbres dans l'allée, allée dans laquelle mes camarades sont susceptibles de passer avec un sapin de 3 mètres porté à bout de bras.
Le client est absorbé par sa tâche, concentré comme Richard Virenque à qui on présenterait ce sommet mathématique qu'il ignorait jusque là : la table de 3.
Il se redresse et remarque un arbre qui a l'air intéressant, là, au fond.
Je lutte dans la forêt pour le sortir, mais entretemps, il a eu le temps de repérer celui qui est encore dans le filet, dans le stock des arbres préparés (prêts à remplacer les vendus, ils attendent sur pied, pas ouverts)(celui qui est dans le filet est, pour des raisons qui m'échappent encore, souvent celui qui est intéressant, même quand une trentaine d'arbres sont ouverts).
Je lui ouvre.
Il hésite.
Se tâte.
Tourne autour.
S'agenouille, même, parfois.
Reprends l'expression Virenque-table-de-trois.
Demande à revoir le deuxième que j'ai sorti, juste pour vérifier.
Et désigne finalement le premier.

Et puis il y a le Gitan.
Ou sa femelle domestique, le plus souvent.
Elle vient avec sa copine/belle-soeur/cousine/styliste.
Choupines comme tout, pour qui aime le jambes en forme de Knacki Balls, rentrées en force dans les bottines blanches sans doute avec l'aide du faible coefficient de friction de l'acrylique du leggings violet brillant qui tente de contenir les susmentionnées Knacki Balls.
Et tant qu'à apprécier l'acrylique, ça tombe bien puisqu'une touffe jaunasse de cette matière semble trôner en lieu de chevelure, juste au dessus du maquillage dont les excès peinent à masquer les lacunes dentaires qu'une mastication de gomme à mâcher permet d'apercevoir.
Une dent, un trou, une dent, un trou, une dent, un tr... Ah ! Non : une dent noire (friponne ! que tu es taquine !)
Elles sont à la féminité ce que Nadine Morano est à la chanson : deux concepts pas destinés à se rencontrer (3).

Pas trop mon genre, généralement.

Souvent, la Gitane tente d'obtenir un prix et argumente fallacieusement.
D'argutie en argutie, elle essaye d'embobiner le vendeur.
Il est naturel que la Gitane cherche à enfumer...

Les deux présentes me demandent de leur montrer un GRAND sapin, et choisissent un arbre de 4 mètres, une sorte de cachalot tristement échoué au fond du chapiteau.
Enorme.
La centaine d'euros.
Elles me demandent tout simplement de couper la tête pour que ça rentre dans la Xantia (!).
Pas 10 cm, non... du vrai travail d'Auvergnat : 1,50 m environ, toute la flèche.
Un massacre.
Ensuite, au moment où on tente de soulever l'arbre, une grosse branche du bas cède sous le poids et me reste dans la main (je suis trop puissant, en fait) et voilà ma cliente qui m'exprime son courroux avec un accent picard que j'eus sans doute apprécié pour la classe naturelle qu'il confère à ses locuteurs, mais j'étais concentré sur la négociation qui allait suivre, car elle me disait :
- Ah, ben j'en veux pô-ein, il manque la moitié ed'sapin-ein... bon, ben je vais prendre l'autre (me désigne l'autre spécimen de 4 mètres que nous avions)
- Ce n'est pas possible, Madame...
- Ben comment qu'on fait, alors ? Il va être tout moche, avec les belles branches d'un seul côté-ein ! On prend l'autre.
- Je ne peux pas, j'ai massacré celui-ci à la tronçonneuse, plus personne n'en voudra jamais, de cette grosse daube qui ne ressemble plus à rien celui-là est déjà vendu.
- Ben comment qu'on fait, alors ? J'vois pô...

Ensuite est revenue la copine/belle-soeur/cousine/styliste de la cliente qui m'a refait le sketch du "on prend l'autre" et quand j'ai rétorqué qu'il était déjà vendu et qu'en plus, le sien était coupé en haut, elle m'a répondu que personne ne le remarquerait.
La bonne foi est dans la place (tout baigne !)


Bref : âpres négociations, j'ai fini par les persuader d'équilibrer le sapin à la tronçonneuse en ôtant les branches du côté opposé à la branche initialement détachée et j'ai raccourci le tronc, plus pratique pour le rentrer dans la caravane, j'ai dit, argument qui a emporté la décision.

La%20caravane%20sp%C3%A9ciale%20sapin.jpg
La caravane spéciale sapin.

 

Ensuite, on a chargé notre ex-beau sapin (je me suis abstenu de le prénommer Jean-Yves, parce que je ne sais pas comment ça se dit en picard) dans la Xantia, ça traînait presque par terre tellement ça dépassait et je ne sais pas comment elles sont montées à 2 dedans car il allait jusqu'au pare-brise.
Je suis vite parti, car le client se faisait nombreux et Benjamin était seul depuis un bon moment.

Qui ?
Benjamin.
Notre champion...

 

Humeur du jour : repos
Zik :
Tous ceux qui veulent changer le monde - Luc Plamondon feat. Morano/Woerth/Darcos/Lefebvre etc. (trop mortellement ringard bath, je te dis !)
Conclusion :
donner du Jah Love ne fout jamais les boules (de Nowel)

Et demain ? : demain, il y aura Benjamin, si t'es sage.

.

(1) La blague qui marche : quand le client a choisi, je le félicite sur son choix, et lui déclare mon regret de voir partir son sapin, qui était mon préféré. J'ajoute qu'il s'appelle Jean-Yves et je dis au-revoir à Jean-Yves. Si dans quelques années on va acheter son Jean-Yves de Noël, ce sera grâce à moi. Mais j'y crois peu, je t'avoue.

(2) J'ai entendu une cliente déclarer à son mari, parlant de moi : "Monsieur va me le mettre dans la bûche". J'ai opiné : "mais tout de suite, madame !".

(3) Encore que... quand Nadine Morano participe au chaleureux lip dub de l'UMP, c'est pas du tout ringard drôlement bath vers 3'20" !