04.09.2007
Ca va être chaud et aussi colat*
*Une note garantie 100% sans chaton cro meugnon
Précieux lecteur cher à mon cœur, gauchiste lecteuse à la destinée glorieuse,
Les pré-pré-préparatifs (1) de mon futur voyage en Finlande ont permis à Manman de me rappeler une anecdote que je souhaite te faire partager. A une certaine époque, j’étais étudiant, plutôt fauché, et en Belgique pour un an.Pour être honnête, je vivais mon Auberge Espagnole à moi, dans un kot (2), et tout mon pognon passait dans la bière, car je me mettais une race tous les soirs, avec la communauté Erasmus et grâce à la bourse du même nom.
J’étais à Leuven, en Flandres.
Et à cette occasion, ik heb een beetje Nederlands geleernt.
Avant mon départ, dans un grand élan digne de Carrie Bradshaw devant une paire de shoo Jimmy Shoes -ou l’inverse-, j’avais acquis un Vespa 200.
Pour les dames de Keravel ou d'ailleurs, chez qui on ne se déplace qu’en barque tirée par des bans de dorades domestiques, je précise qu’il s’agit là d’un mode de transport terrestre, en l’espèce un scotère de 200 cm3, merveille de fiabilité et de rusticité.
Comme j’avais plus de temps libre que d’argent disponible, j’avais intelligemment calculé que le voyage avec le susdit scotère me coûterait nettement moins qu’en autobus, sans même parler du train, voire de l’avion, aussi improbable pour moi à l’époque que de voir Berluskozy en partance pour un camping moldave, en classe éco dans un low-cost roumain. Ou l'inverse.
Donc pour faire des économies de l’ordre de 40 francs (soit 6 € par trajet, tu te rends compte ? Pour te donner une idée, à l’époque, à Leuven, ça faisait 10 bières !!) je faisais les allers-retours Leuven-Paris en scotère.
La tactique était simple : se coller, sur l’autoroute, dans le sillage d’un camion, et dès qu’un bahut plus rapide double, toujours se mettre dans l’aspi du plus véloce.
Avantages :
- l’autonomie du scotère passe royalement de 100-110 à 170 km ;
- tu peux apprendre son numéro de plaque minéralogique par cœur (encore que je n’ai toujours pas trouvé d’intérêt pratique à cet aspect) ;
- tu fatigues moins, parce que t’as pas le vent full face.
Inconvénients :
- tu filtres un peu le gazoile avec tes poumons ;
- tu passes tout ton temps a fixer un feu de stop dans l’espoir qu’il ne s’allume jamais ;
- s’il s’allume, c’est freinage d’urgence, le scotère qui te rappelle qu’il n’est pas un modèle de stabilité et la perspective d’avoir un caleçon à changer ;
- à l’arrivée, tu as sur la face un masque noir, comme les Indestructibles, quand tu retires le casque. Je me suis rassuré en me disant que ce film lipidique devait être nourrissant pour la peau, mais Testée l’Audeure a refusé de breveter ma formule.
La météo est mitigée, ce qui, en belge, signifie pas mal du tout. Après tout, le printemps n’est pas loin, hein…
Je pars donc. Rafales de vent. Je me colle derrière un bus.
Ca bouge beaucoup… et il commence à pleuvoir. J’ai froid.
Mais bon, j’ai aucun équipement : je suis en multi-épaisseurs sous une veste en jean, donc c’est normal, voire standard, pour moi, à cette époque.
Je serre les dents. La visière se couvre de buée. J’ai beau l’essuyer, je n’y vois pas grand-chose…
J’ai froid.
Mais soudainement TRES froid. La poutre de Bamako est devenu un Mister Freeze XXXL. Les doigts sont sponsorisés par Miko.
Faut que je m’arrête, absolument.
Un pont.
Stop.
Ouverture du casque malgré tremblements quasi-incontrôlables.
Ca me permet de constater que sur le bas-côté de l’autoroute, tout est blanc. Comme une copie d’examen du brevet des collèges de Steevy Boulet.
Je suis dans une tempête de neige, vêtu d’une veste en peau de jean’s, elle-même recouverte d’une pellicule immaculée, complètement assortie à celle qui orne mes cuisses.
La neige… un premier avril !
Un temps digne d’un mois de février de sa race été 2007 (mais ça, je ne pouvais pas le savoir, j’étais cro petit !)
Il y a de quoi être dégoûté de la laïfe, ce que je fais alors très bien.
Je repars. J’arrive au péage.
Sur le côté, le coffre-fort géant d’Onc’ Picsou le bâtiment où on collecte les fonds. Je me dis qu’ils doivent avoir un distributeur de boissons.
La perspective d’un chocolat chaud me réjouit. J’y vais.
Interphone.
Puis guichet grillagé.
La préposée me dit que oui, il y a un distributeur (je suis prêt à me prostituer) mais que non, le gobelet ne passe pas par le guichet (laisse tomber, t’façons, j'aime pas les banquières).
Toutefois, faut croire que je fais pitié car elle me propose de me faire passer le gobelet si je passe par derrière. En tout bien tout honneur : ou alors il faudrait qu’elle les aime froides, tendances rigor mortis…
Je lui tends de la monnaie pour deux chocolats (3), je fais le tour en passant par la pelouse, le long du bâtiment.
J’entrevois la fin du calvaire car la neige a laissé la place à un blizzard sérieux (t’as déjà vu un blizzard rigolo, toi ?) et à des averses éparses (comme on dit à la météo. Averses éparses, je sais que ça veut dire "pour ma face, juste là où je suis, mais pour les autres, y’aura des éclaircies", maintenant).
Elle entr’ouvre une porte, me fait passer les deux gobelets et m’invite à regagner la face pile du bâtiment, car là où je suis, je ne peux pas rester pour des raisons de sécurité.
Un chocolat dans chaque main, j’enterprends le même chemin, mais en sens inverse.
La pelouse est mouillée, voire boueuse car gorgée de flotte.
C’est sans doute pour ça que j’ai glissé.
Je me retrouve donc avec du chocolat jusque aux coudes -les deux bras- de la boue/merdasse plein le futal, le dos et les chaussures et une envie de hurler ma haine de la vie comme rarement.
Pour te dire, j’ai failli laisser le scotère, là, au péage, et finir en stop.
Puis je me suis ravisé.
Bien m’en a pris, sinon, j’aurais pas profité de la pluie jusqu’à Paris !
Humeur du jour : pas cool. Mais pas Raoul non plus (comprenne qui pourra. Et si quelqu’un peut, qu’il m’explique le sens de cette précision)
Zik : Candi Staton - I’m Just a Prisoner (Of Your Good Lovin’) C’est de la Soul ultra-grouvy qui met la patate !
Conclusion : attention si tu fais l’aspi au Jah Love !
(1) ne va pas croire que je bé-bé-bégaye, j’énonce simplement que je n’en suis qu’aux préliminaires prémices de l’organisation. Tout se mettra en place dès que je serai sur la selle peu à peu et je prononcerai alors la phrase magique "eh, merde ! on verra bien…" "je suis prêt"
(2) le kot, c’est la maison partagée en colocation, en Belgique. Il y avait là des Belges, des Espagnols, des Grecs, des Français, des Italiens… c’était vraiment intéressant. Sache enfin que généralement, tous les 2 kots, on trouve une supérette d’enseigne Codec. Eh ouais, ma poule : tu comptes kot, kot, Codec (facile, mais pour le Benichoo Contest, faut s’entraîner…)
(3) NicMo, dès qu’il peut flamber… il montre qu’il a de l’oseille…
21:40 Publié dans Laïfe is laïfe | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : scooter, px 200, mesaventure, aventure, on ze road, nicmo, galere |
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