12.10.2010
Mon père ce héron
Précieux lecteur cher à mon cœur, socialiste lecteuse que la vue d’un Rubik’s Cube rend nerveuse,
Dans cette note : comment l’auteur découvre une pratique bio de la musculation, lui qui n’en demandait pas tant.
Rien de moins.
Certaines soirées de travail sont similaires, en intensité, à l’intervention d’un sénateur centriste en période postprandiale.
Autant dire qu’on s’emmerde un peu.
C’est alors l’occasion de faire le commerçant : discuter avec les personnels des bars d’à côté, faire du relationnel avec la clientèle en terrasse, flâner un peu sur le trottoir en jouant "Aux Champs Elysées" à la vuvuzela pour distraire le consommateur,… bref, tuer le temps.
Ou alors, tout simplement prendre l'air.
Merci de le rendre après l'avoir pris, sinon les autres en manquent.
Je n’étais pas devant mon établissement mais devant celui d’en face, et donc, je prenais l'air.
Même pas l'air inspiré, juste l'air, nature.
Une petite vieille arrive, qui me demande si je travaille.
Un peu échaudé par l’expérience de Marie (je ne vais pas tarder à ouvrir une parenthèse pour te narrer cet épisode) et peu enclin, ce soir-là, à sexualiser un corps que j’aurais dit -sans carbone 14- plutôt bien conservé pour une personne née au Précambrien, je suis sur la défensive.
En préambule, l'auteur tient à édicter la vérité suivante : 
l'entraide, c'est beau comme un chaton.
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La parenthèse de l’aventure de Marie.
Marie fume une cigarette, appuyée contre la porte cochère qui jouxte notre lieu d’exploitation de travail.
Quand viennent se planter devant elle deux adolescents que nous appellerons judicieusement Biactol et Clearasil, eu égard à cette propension qu’a l’épiderme de certains jeunes à vouloir ressembler à la surface de Mars.
Les Beaux Gosses de Riad Sattouf, en gros.
Biactol et Clearasil sont un tantinet gênés et se poussent du coude pour se donner mutuellement le signal que c’est à l’autre de prendre la parole.
Marie continue à fumer et les observe, un peu intriguée.
Finalement :
- Bonjour Madame… euh… vous travaillez, là ?
- Oui. Enfin, je veux dire… je travaille dans le restaurant à côté… pourquoi ? s’enquit-elle en désignant du menton la terrasse
Gloussements et rougissements de Biactol et Clearasil.
- Ben… ç’t’à dire que… on croyait que vous étiez… une dame de plaisir, quoi.
- Ah, ben non. En revanche, une fois que le rideau est baissé, après le service, on fait des partouzes géantes. Venez si ça vous intéresse !
Quatre yeux -dur à dire, ça…- béent autant que leurs deux bouches imitant à leur corps défendant les vagins évoqués de femelles offertes et humides tout juste bonnes à gésir dans un amas de chair et l’attente de la saillie dépassant leurs rêves les plus fous, saillie que par ailleurs Biactol et Clearasil se verraient bien tenter.
- C’est vrai ???? s’écrient en cœur nos deux héros que la perspective de balancer leur béchamel sur autre chose que des pages collées réjouit.
C’est là que Marie a décidé de briser le rêve avec fermeté mais délicatesse, et que les ados ont subtilement perçu qu’il faut rêver au niveau de ses possibilités :
- Mais non, c’est pas vrai, vous êtes vraiment trop cons, les gars !
Je ferme la parenthèse de Marie.
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Et donc la petite vieille, que nous appellerons Simone pour la suite du récit, me demande si je veux bien venir avec elle, chez elle -sueurs dans mon dos, je n’ai jamais été très friand de viande froide, moi- pour... euh, ben pour relever son mari qui repose pour le moment sur le parquet, et le mettre sur le lit.
Elle n’a pas la force de le faire seul.
Relever le mari, pas faire le lit.
Simone, elle ressemble un peu à la grande sœur de Jeanne Moreau, mais qui n’aurait pas vu la pluie depuis 1954. Toute sèche et menue.
Et fripée, aussi.
J’estime que la menace qu’elle représente éventuellement -vue l’incongruité de la demande- est faible et accepte de la suivre dans la cité, pas loin.
En chemin, elle blablatte, assez légèrement, ce qui m'étonne : est-on censé être badin quand on vient chercher du secours ?
La nature humaine est décidément aussi étonnante que diverse...
- Mon mari fait de l’hypertension, il a perdu connaissance et blah blah blah, et la vieillesse est un naufrage et profitez bien de la jeunesse et blah blah blah et…
- Mais vous devriez appeler les pompiers, je ne suis pas secouriste, moi !
- Oh, non, les pompiers, ils vous emmènent à l’hôpital et là on vous embête avec tout un tas d’examens, me dit-elle en sortant de l’ascenceur qui, outre nous avoir mené à l’étage, nous a fait profiter de sa fragrance d’urine de tamanoir du Guatemala.
- Certes, ils sont un peu pénibles pour ça, mais ils vous permettent aussi de rester vivant. Ca compense un peu, non ?
Nous pénétrons dans un appartement.
Un appartement de vieux.
Dans la chanson de Brel, chez eux, ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d’antan.
Mais dans la réalité, comme dit ma fille "<Ah, ça pue, ça sent comme quand les vieilles de la piscine vont à l’aquagym".
Je me demande comment un appartement aussi propre peut dégager ça, comme odeur.
En même temps, je me demande surtout dans quel traquenard je me suis laissé embarquer et quelle va être le montant de la rançon.
On prend un couloir.
Au bout, la porte de la chambre, ouverte... et deux jambes qui dépassent, par terre.
Ce ressemble vachement aux Experts, et pourtant... j me rapproche, forcément : on sait jamais, si c’était une partouze et pas un meurtre ?
Ouais, ben non.
Le vieux est au sol, conscient mais mou, la face posée sur un oreiller.
Mais ce que je remarque surtout, SURTOUT : il fait au bas mot son quintal
Il est aussi gras qu'elle est chétive.

La première représentation du vieux.
Un pote de jeunesse qui l'a faite. Michel Ange, c'était.
"Qui se ressemble s’assemble" dit le proverbe ?
Putain de proverbe à la con, ouais !
Simone veut qu’on le mette sur le lit.
Tous les deux.
On l’a fait, mais je pense que j’ai porté un peu plus qu’elle…
Note pour plus tard : 1. un quintal de viande molle que tu ne peux pas maltraiter, c’est un coup à prendre une suée ; 2. avoir le physique de Michel Crémadès présente parfois des avantages.
Moralité : Simone a voulu me donner un pourboire en récompense, mais comme elle m’avait alpagué devant le café d’en face, je suppose que c’est là qu’elle a posé le biffeton. Les vieux, c’est vraiment des cons.
16:29 Publié dans Laïfe is laïfe | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : souder un sénateur, divulguer une truite, repas tentation, tri des boutes |
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