02.01.2009
Enterrement maçonnique
André Mo, 23 mai 1950 - 04 décembre 2008.
Nous entrons dans "sa" loge : là où il avait tant de plaisir à se rendre et pour laquelle il planchait souvent.
Le cercueil repose au milieu.
Je ne peux m’empêcher de me demander comment ils ont pu disposer un si grand corps dans une si petite boîte. Lui qui me dépassait d’une tête…
Dans le fond, des chaises de classe ont été disposées en rang, afin de permettre aux profanes de s’asseoir.
Toutes sont occupées, et des présents sont même debout.
Quand j’arrive, on me place au premier rang.
Un bien triste privilège.
Le cercueil est disposé au milieu de ce qui ressemble étrangement à un temple nu. L’architecture est idoine, mais il manque les symboles habituels.
Ils sont une trentaine, tous en noir et disposés en deux rangs équidistants et parallèles au cercueil.
Eux sont debout, et une écharpe turquoise suit les lignes scapulaires (comme sur le maillot des Girondins de Bordeaux).
Quatre sont disposés par paire, de chaque côté de la boîte en bois.
Ils présentent devant eux une épée pointée vers le hautl. Ils ne restent pas longtemps car ils sont silencieusement relayés par d’autres, qui sortent de leur rang impeccable pour leur poser la main sur l'épaule, puis prendre l’épée à leur tour, rendre un hommage tout en sobriété.
Ce ballet est empreint de solennité.

A l’heure prévue, c’est le Vénérable de la loge qui prend la parole.
Il explique que la cérémonie commence et demande aux initiés de former la chaîne d’union.
Ceux qui sont debout s’exécutent, se tenant par la main, formant un grand cercle, un peu dérisoire : il fait penser à ces jeux des écoles maternelles.
Le Vénérable, dont on sent qu’il est un peu le MC de l’affaire, demande alors :
- 1er surveillant, est-ce que la colonne du nord est au complet ?
- Oui, vénérable, la colonne du nord est au complet, répond une jeune femme qui tient un pupitre, de l’autre côté du cercle, légèrement à babord.
- 2ème surveillant, est-ce que la colonne du midi est au complet ? demande-t-il alors.
- Non, vénérable, la colonne du midi n’est pas au complet, il manque un élément. Lui répond une autre femme qui lui fait face, à un pupitre également (mais côté tribord, tu l’auras compris).
- Quel élément nous manque-t-il ?
- André Mo., Vénérable.
- Frères et sœurs, je vous invite à rompre la chaîne et à vous revêtir de deuil.
Ils rompent donc la chaîne et retournent leur écharpe.
Le verso est noir, simplement égayée par... une tête de mort blanche.
Le formalisme strict permet souvent d’échapper à l’émotion.
Ensuite arrive l'orateur. (n.b. contrairement à une messe, les personnes qui parlent ont fréquenté le mort, ils en narrent des traits de caractère qui font écho à mes souvenirs. C’est plus agréable)
Chacun ne prend la parole que quand il y est invité par le Vénérable, et à la place désignée par une espèce d’huissier qui guide les intervenants avec son bâton.
De l’encens est allumé, qui symbolise l’esprit du mort, toujours avec nous mais inexorablement amené à se dissiper (je crois... j'ai été un peu déconcentré à ce moment-là).
On parle beaucoup du rapport de la mort à la vie, de la nécessité de la première par rapport à la seconde.
De l'inexorabilité de cette dernière, aussi. Sans promesse ni faux-semblant.
Le discours est franc, apaisant, apaisé.
J'ai beaucoup aimé.
Des rameaux sont posés sur le cercueil, par tous les frères et sœurs.
Des pétales de fleurs flétris sont également disposés, lors d’un second passage, pour rappeler que dès que nous mourrons, nous devenons pourriture. (Oui, je sais, certains n’attendent pas de mourir pour ça, les impatients).
Ensuite viennent les outils : l’équerre, pour la droiture, le compas pour la portée de nos actions sur les autres, et la règle, mais il faut être initié pour en connaître la signification.
Au bout d’une heure, commme prévu, on sort de la loge.
Il a plu.
Il fait lourd, un temps typiquement tropical.
L'endroit est étonnamment calme, car nous sommes aux portes de Pointe-à-Pitre...
On discute.
Pour en savoir plus, je te conseille de faire un tour sur le site de l'obédience du Droit Humain
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Mon oncle est mort le 04 décembre 2008.
Ce soir-là, il a appelé très tard une cousine pour lui dire combien il était heureux de sa journée. Pour lui dire qu’il venait de passer le plus beau jour de sa vie et qu'il avait besoin de partager ce bonheur avec quelqu'un.
Moi, aussitôt intrigué, tu te doutes bien que je me suis aussitôt transformé en Derrick-des-îles.
Désiré Derrick, frère caché de l'autre.
Seule l'afro les distinguait*.
A toujours vécu à Morne-à-l'Eau.
On a cherché les raisons, mais on n’a pas trouvé.
Ni du côté de la loge, ni du côté des proches…
Avant de revenir en Métropole, je suis passé chez le notaire.
- Votre procédure d'adoption, c'en était où, au fait ? Il l’avait terminée ?
- Je ne sais pas, je lui avais envoyé les derniers papiers il y a trois semaines environ
- On va appeler mon mari pour le savoir…
Quand elle raccroche : "normalement, ça devrait aller à son terme, mon mari me dit que le dossier a été déposé au tribunal le 04 décembre au matin."
Je suis partagé entre les larmes et le sourire.
Je sais.
N’empêche, pour un homme qui avait autant de cœur, en mourir, c’est une sale ironie.
Humeur du jour : la formule des Francs-Maçons, c'est "je gémis, mais j'espère". Je trouve ça classe. Demain, on parlera de Chanson Française, si tu veux bien.
Zik : du kompa
Conclusion : Jah Love en zot'
*t'as vu l'effet spéciaux ? Trop bien faite, l'afro, non ?
16:05 Publié dans Laïfe is laïfe | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : enterrement maconnique, franc maconnerie, adopter une crepe birmane, tapisser un chaton glabre, usiner un livre de poche |
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