18.11.2010

La liberté de la pression

 

Précieux lecteur cher à mon cœur, politisée lecteuse qui regrette d’être filandreuse,

 

Dans cette note : du journalimse.
Rien de moins.

 

J’aime bien Nicolas Sarkozy.
J’aime bien ses réactions à vif, toujours réfléchies.

 

Introduction :

Il y a quelques jours, un journaliste du Monde et un journaliste du Point ont été victimes d’un vol d'ordinateur portatif.

Les deux travaillaient sur l’affaire Sarkozy, indûment nommée affaire Woerth (à ma connaissance, Eric Woerth ayant le charisme d’un yoghourt nature Franprix, il n’a jamais été question qu’il soit candidat à l’élection présidentielle, et donc inutile qu’on finance illégalement sa campagne).

Comme de bizarre, les locaux de Mediapart, site qui a mis sur la place publique nombre de scoops sur le même sujet, ont également fait l’objet d’une effraction.

 

On a volé des ordinateurs portables.
Probablement pas pour les revendre dans la cave-à-Momo mais pour en examiner les intérieurs comme on le ferait avec Clara Morgane.

Ce qui est gênant, c’est que  si "on" avait voulu être discret, "on" aurait juste copié le disque dur.
Donc le message est clair : "on" surveille les journalistes et "on" veut faire savoir aux sources qu’elles sont susceptibles d’être identifiées.

 

Bon, évidemment, les journalistes*, via la SDJ (Société Des Journalistes) ont crié au scandale et à l’atteinte à la liberté de la presse : sans la protection des sources, que devient la profession ?
La profession deviendrait le strict relais des déclarations toujours empreintes de modération et d'à-propos des Christian Estrosi et autres Frédéric Lefebvre.
Autant dire qu’obtenir un diplôme de journaliste, juste pour corriger les fautes de syntaxes d’analphabètes partisans a de quoi décourager les vocations.

Donc, légitimement, les journalistes se tournent vers l’Elysée pour demander au Président ce qu’il pense de cette situation.

Sa réponse est aussi laconique que révélatrice.

"Je ne vois pas en quoi cela me concerne" (en réalité, là, les journalistes ont reporté le propos comme tel, mais compte tenu du challenge grammatical que constitue pour Ray-Ban des Bois l’utilisation de la forme négative, on peut présupposer que la citation exacte était "je vois pas en quoi ça me concerne, alors casse-toi pôv journaliste").

 

D’une part, c’est une drôle de conception de la démocratie de considérer que la liberté de la presse n’est pas un sujet.
Surtout de la part du garant de celle-ci (de la démocratie, pas de la liberté de la presse).

 

Dautre part, parce que ce qui intéresse notre guide…
Ah, oui, il faut que je te fasse une parenthèse : il y a quelques jours, Ray-Ban des Bois, dont la taille du melon semble inversement proportionnelle au taux de popularité dans les sondages, s’est auto-qualifié de "guide choisi par les Français".

Pour info, dans un voyage organisé, le guide, c’est la personne suffisamment grande pour que toutes les personnes du groupe puissent le voir et le suivent.
"Oui, mais on peut lui donner un parapluie" entends-je répliquer d’ici…

OK, mais un nain petit guide avec un parapluie prend toujours le risque de passer pour une amanite phallusoïde...

J’ose espérer que si jamais, si JAMAIS Nicolas Sarkozy est mon guide, c’est uniquement pour le chemin vers la sortie.
Je ferme ma parenthèse et reviens à la relation Sarkozy/indépendance de la presse.

 

Effectivement, donc, ce qui intéresse notre guide, ce n’est pas la protection des journalistes, mais la sécurité.
Or aucun vol d’ordinateur n’est, à ce jour, à déplorer dans les locaux du Figaro ou de TF1... donc légitimement, il se sent peu concerné.

Les mauvaises langues auront beau jeu de dire que c’est parce que le Figaro n’a pas besoin d’ordinateurs, puisque les papiers arrivent directement de l’Elysée...
Mais la vérité -même si elle dérange, je te la livre brute, il te faudra être fort- la vérité, donc, est que la rédaction de TF1 a pris des mesures drastiques pour qu’on ne vienne pas pirater les enquêtes sensibles qui constituent le quotidien de l’équipe de Jean-Pierre Pernault :
- la dernière corderie de Saint-Jean-des-Fourrés (Charente Inférieure),
- la reconversion de l’usine de tringles à rideau de Boizy-le-Foutre (Haute-Vienne)
- le dernier fabriquant de ridelles de roues de char-à-betterave du Pas-de-Calais
- ou encore le très subversif "où trouver un authentique cannelé-béchamel avant les fêtes de la Sainte Gisèle" que le même le Washington Post a délibérément ignoré parce qu'il dérange trop.

 

Alors quand jl’entends le président demander à l’imitateur de journaliste qui fait semblant de l’interroger :"pensez-vous que j’ai organisé le cambriolage ? Hein ? Vazy-bâtard fais pas le fils de pute, t’as vu ? Vite fait, ch’te démonte, moi, tac-tac !"

J’ai l’impression de voir un gamin de 5 ans se justifier : déjà, c’est pas moi qui l’ai fait, et EN PLUS, je l’ai pas fait exprès !

Il y aurait eu un journaliste, un seul, avant-hier, il aurait immanquablement posé la question de la note de Fillon à Hortefeux pour le rappeler à l’ordre quant à la surveillance des journalistes et au respect de la législation sur la protection des sources.

 

Oui, mais voilà : en face, on avait Claire Chazal-biographe-de-Balladur-dont-Ray-Ban-des-Bois-était-trésorier-pendant-la-campagne-de-1995, Pujadas-dont-Ray-Ban-des-Bois-est-le-patron-indirect et enfin Denisot-son-pote-de-pédale**

 

2010-11-18%20Millions%20des%20questions.JPG EXCLUSIF !!!!!
La prochaine interview du président à l'Elysée.
Rendu comme fou par l'enjeu, le journaliste ose des questions incroyables

 

 

 

*Le journaliste, c’est le gars payé pour poser les questions qui dérangent. Par exemple, Claire Chazal est connue pour avoir la pugnacité d’un ficus sauvage. Et Michel Denisot n’y va pas avec le dos de la main morte quand il déclare "Oh, oui, Monsieur le Président, comme vous êtes Intelligent !" (même les majuscules s’entendaient, ça faisait pitié pour les vrais journalistes. Son passage par l'Ecole d'Impertinence Interrogative Michel Drucker n'y est pas pour rien !

**Il s’agit ici de sport, et non de fréquentation des back-rooms de l’UMP ces salles pas très propres où des aspirantes Nadine Morano pratiquent des inflations à la chaîne avec, en projection vidéo, "Tous ceux qui veulent changer le monde".

 

Humeur du jour : mou.
Zik : Distillers - Drain the blood
Conclusion : Oui ou non, veux-tu du Jah Love ? Dis-le moi ! Oui, ou non ?