07.04.2009
J'ai la banane, j'ai la pêche, j'ai la Frique !
Précieux lecteur cher à mon cœur, politique lecteuse qui mange des tubéreuses,
On va faire une petite pause sur la Guadeloupe, mais j’y reviendrai vite.
Je voudrais raconter une belle histoire, qui se déroule en 4 actes.
Acte 1 : le temps des promesses
Au royaume de Francie, la saison des promesses venait de se terminer.
Pourtant, un petit homme qui venait de prendre le pouvoir, souhaitait encore en placer quelques unes, juste pour le fun, sur une grande place noire de monde :
- Je veux que partout dans le monde, les opprimés sachent qu’il y a un pays généreux, c’est la France
- Je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas
- J’étudierai le Bescherelle. Si y’en a qu’ça les démange de me reprendre, on s’demande c’est à quoi ça leur servirait !
Pris dans son élan, le petit homme promettait également la fin de la Franciafrique (la Francie, pays généreux, donc, distribuait des tas de cadeaux aux dirigeants de tout un continent, sous forme de fric. Logiquement, ce continent fut donc rebaptisé la Frique, parce que les Noirs ne maîtrisent pas bien la langue)(Les dirigeants ne sont pas des opprimés, entends-je d’ici… Certes, mais pourquoi limiter sa générositude* aux seuls opprimés ? Hein ? Ce serait injuste, nous sommes d’accord).
Le petit homme nota que le coup de l’annonce avec de l’élan, ça marchait bien.
*© désirs de dégagitude immédiate d’avenir
Acte 2 : le petit homme tout rouge, mais rouge banane
Pendant que tout allait bien dans le royaume de Francie (si, si), des méchants financiers spéculaient leur mère.
Et ça, c’est mal (enfin, au début, le petit homme aimait bien ça, la spéculation, puis il a changé d’avis. Donc, maintenant, c’est mal).
La preuve : plante-toi devant un CRS, visage à 40 cm du sien, droit dans les yeux, tu lui dis : "je spécule ta mère, fon-bou".
Il y a de fortes chances qu’il te fasse comprendre que ça l’irrite.
Et comme on dit chez nous : CRS irrité, points de suture sur le nez.
Bref, les méchants, qui spéculaient leur mère, avaient recours à des paradis tels que le Lichtenchtein, la Grande Bretagne, Monaco…
Et ça, le petit homme qui avait la banane, ça le faisait fâcher tout rouge, tous ces paradis fiscaux (ça s’appelle comme ça, parce que dans ces endroits, avec ton argent, tu fiscaux tu veux, comme tu veux, nous, on s’en fout) qui faisaient rien qu’à attirer son copain du wockenwoll.
Donc, pour la survie de la vie culturelle du wockenwoll français, il décida que les paradis fiscaux, c’était mal, aussi.
Et il le fit savoir à tous ses potes qu’il croisait au G20, quand il y faisait ses courses : si on ne dit pas tous ensemble que c’est mal, je vais me retenir de respirer jusqu’à ce qu’il m’arrive quelque chose.
Le petit homme nota que la blague sur la fin des paradis fiscaux et de leur secret bancaire, c’était bien.
On comprend que le monde ait plié devant ses exigences, non ?
Acte 3 : faire ses courses dans La Frique
Le petit homme est méfiant.
Aussi veut-il s’assurer que la Franciafrique est finie, et que tous les gars du G20 ont adopté sa position sur les méchants paradis fiscaux.
Dans un premier temps, il fait donc un tour en république Démocratique du Congo, au Congo et au Niger. Il y achète de l’uranium, du pétrole, et encore de l’uranium (le petit homme doit certainement, en consommer au petit-déjeuner, ce qui lui donne des gaz, d’où ses nombreux tics destinés à placer des flatulences dont la discrétion auditive concurrence la régularité des émissions).
Pas de bol que dans ces pays, il n'y ait pas d'opprimés ! Il leur aurait bien expliqué que la Francie était généreuse...
Et maintenant : les paradis fiscaux !
Il va appliquer la méthode Woseline Bachelot-de-Consolation, alors ministre de l’écologie : depuis plusieurs jours, le niveau de la qualité de l’air est bloqué sur le niveau 4. Nous avons décidé de prendre des mesures radicales pour y mettre un terme. Nous allons créer un niveau 5.
Le petit homme trouve que c’est drôlement astucieux, comme stratégie : pourquoi ne faire qu'une liste ?
Résultat : il y en a pour tous les goûts : une noire, une grise, une blanche…
Le petit homme se rend soudain compte que, focalisé sur les pauvres, les opprimés, les miséreux... il a oublié d’associer des sanctions à l’appartenance à une de ces listes.
Tant pis, la prochaine fois.
Pour le moment, le petit homme se dit que la fin de la Franciafrique est drôlement bath, vu que c’est plus du tout pareil qu’avant, mais on fait tout à l’identique quand même.
Le petit homme nota que la Franciafrique avait encore un peu d'espérance de vie.
Acte 4 : où un paradis fiscal est montré du doigt (de l’Homme ?)
Le petit homme, ce qu’il aime pour se distraire, c’est regarder Thierry la Fronde.
Oui, mais une fronde, elle t’envoie parfois le projectile à la face.
Suite au décès d’Edith Bongo (épouse du Gabonais Omar Bongo, et fille de Sassou N’Guesso, lequel a pris le pouvoir par les armes pour devenir le président du Congo, donc un ami du petit homme, cf acte 2), le parquet de… Monaco (liste grise des paradis fiscaux) a lancé une enquête pénale transmise au parquet de Paris pour détournement de fonds.
En Francie, on n’aime pas trop faire des vagues. C’est pour ça que malgré les 111 comptes au nom de Sassou, les 70 comptes au nom de Bongo, les résidences de luxe et les dizaines de voitures, également de luxe, qui y sont stockées… la justice française ne voit pas là matière à enquêter.
Du coup, on classe sans suite à tour de bras.
Tout ça, c'est rien que des biens personnels, achetés avec les étrennes de Tata Sassou et de Mémé Bongo, sans aucun doute.
La Francie en fait moins que Monaco en matière de transparence bancaire, certes.
La Francie a oublié les opprimés de la RDC, du Congo et du Niger, certes.
Mais, serein, le petit homme note que quand même, on ne pourra pas dire que ce pays n’est pas généreux !
Edit de maintenant : il semblerait que la conclusion ne soit pas limpide. Je la reformule donc :
1. Pour acheter de l'uranium, on soutient des dictatures (quid de la fin de la Françafrique ?)
2. Notre soutien va jusqu'à entraver la justice, puisque nous protégeons les avoirs d'Omar Bongo (par exemple) (quid de la fin de la Françafrique ? quid des paradis fiscaux et de leur opacité ?)
3. Du coup, nous sommes la risée des juges de Monaco, car nous sommes encore plus opaques qu'eux, pourtant la cible du petit homme au G20 (quid des paradis fiscaux et de leur mauvaise coopération avec les autres états ?)
Enfin, SOULAGEMENT : la liste noire des paradis fiscaux est désormais vide. Il n'y a plus qu'une liste grise et une liste blanche. Ca valait le coup de faire tout ce cinéma pour ça, non ?
Non.
Mais bon, au moins, ça a du faire marrer les autres : on a fait tout comme il voulait, il a dit que c'était historique, comme d'hab', et trois jours après, c'est comme si tout ça n'avait jamais existé.
Comme d'hab'.
12:35 Publié dans Grincements de dents | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : francafrique, petit homme, dépecer un opossum, pratiquer la langue avec une chèvre |
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